« 1 Jeune 1 Mentor” : est-ce que ça fonctionne vraiment ?

« 1 Jeune 1 Mentor” : est-ce que ça fonctionne vraiment ?

Annoncé par le président de la République le 21 Mars 2021, le programme “1 Jeune, 1 Mentor” s’inscrit dans la continuité du plan de relance de “1 Jeune, 1 Solution.” Dans cette nouvelle configuration, l’État a choisi de mettre en place un système de mentorat : un citoyen volontaire décide d’aider un jeune en difficulté dans ses études ou sa recherche d’emploi. L’objectif premier est de faire progresser le mentoré grâce à l’expérience du mentor. L’aspect novateur de ce programme nous a poussés à se demander s’il fonctionne réellement et s’il demeure accessible à une majorité d’étudiants.

Article écrit par Tao Gassin, Arthur Nicolle, Martin Hohne, Clément Raffray et Axel Issartel

“1 Jeune 1 Mentor”, de quoi parle-t-on ?

Le programme “1 jeune, 1 mentor” s’inscrit donc dans le cadre du plan “1 jeune, 1 solution”, faisant lui-même partie du plan “France Relance”. Ce dernier a mobilisé 100 milliards d’euros sur 2 ans pour faire face à la crise sanitaire et les difficultés économiques qu’elle a engendrées.

L’objectif d’ ”1 jeune, 1 Solution” est de fournir une aide aux personnes en difficulté scolaire ou ne parvenant pas à s’insérer dans la vie active. L’initiative s’appuie sur un site Internet qui met en relation les demandeurs et les structures adaptées. 

Même principe pour le programme “1 jeune, 1 mentor”, avec une page web dédiée, faisant office d’intermédiaire entre les entreprises, les associations spécialisées, les particuliers et les jeunes. Grâce à de simples formulaires d’inscription, ces derniers ont la possibilité d’être pris en charge, et n’importe quel volontaire peut proposer une aide. 

De plus, le dispositif s’inscrit dans la continuité des actions du collectif Mentorat, rassemblant 49 associations tournées vers la jeunesse. Celles-ci offrent des services d’accompagnement social et scolaire ayant conduit à l’accompagnement de 30 000 jeunes en 2020

Le gouvernement contrôle quant à lui le dispositif et est à l’origine d’apports financiers permettant son développement. Au total, 30 millions d’euros ont été investis pour permettre aux associations de prendre part à des projets de mentorat.

Comme moteur du programme, un suivi personnalisé est proposé par la mise en place de différents rendez-vous, et ce pour une durée d’au moins 6 mois. Pour être éligible le jeune doit avoir moins de 30 ans, habiter au sein d’un territoire enclavé ou défavorisé, et éprouver des difficultés financières conséquentes. Ces facteurs d’éligibilité sont appréciés par l’association NQT qui évalue les besoins des jeunes et leur permet ou non d’adhérer au programme. De ce fait, les étudiants les plus défavorisés deviennent logiquement prioritaires, afin de tendre vers une certaine forme d’égalité des chances. Ainsi, comme indiqué sur le site 1jeune1solution.gouv.fr, « le mentorat est un outil essentiel de lutte contre les inégalités sociales, éducatives et territoriales. »

Être mentoré,  avantageux ?

Au sein du programme, le mentoré est naturellement celui qui recherche de l’aide ; s’il se sent perdu, dépassé ou sans solutions,  le mentor est supposé l’aider à surmonter ses difficultés. 

D’après le site Internet du Gouvernement,  être mentoré serait avantageux : un accompagnement individuel et personnalisé est proposé, permettant de bénéficier d’une aide pédagogique ou d’une aide à l’insertion professionnelle

Post Facebook du Ministère du Travail pour attirer les jeunes vers le programme.

Concrètement, cet accompagnement est matérialisé par un soutien scolaire, une aide pour passer le Bac, ou une ouverture à un cercle professionnel : celui du mentor. Le suivi s’effectue sur plusieurs mois, et les rencontres se font en présentiel ou en distanciel.

Pour ce qui est du soutien, le programme représente une réelle solution lorsque le jeune en question est en situation de “décrochage” ; le mentor peut apporter son expérience pour l’aider à s’organiser, à comprendre, et à prendre confiance.              

De plus, l’ouverture au cercle professionnel peut devenir une aide précieuse pour les mentorés éprouvant des difficultés à constituer leur réseau de contacts. 

Ils ont en parallèle l’opportunité de développer leurs compétences professionnelles telles que les “soft skills” et la rédaction de leurs CV ou lettres de motivation.

Cependant, si l’on exclut les annonces officielles, il est aisé de constater que ce phénomène ne nous convainc par totalement.

La page est tout d’abord conçue comme étant une solution quasi miracle aux problèmes des jeunes : 

Être accompagné par un mentor, c’est un atout quels que soient vos besoins et vos objectifs !”. 

Les avis et retours d’expériences sur le site nous paraissent factices :  il est difficile d’obtenir de véritables témoignages, d’autant que peu de chiffres officiels ont été publiés.

Les seules données datant d’après 2020, informent que 70% trouvent un CDD ou un CDI à l’issue du mentorat ; un bon chiffre certes, mais ne permettant pas à l’ensemble des jeunes de réaliser leurs objectifs.

Par ailleurs, le délai de réponse du contact représentant plusieurs semaines, il devient difficile de comprendre la réalité du programme.
Finalement, pour chaque futur mentoré, le programme reste une solution pouvant être bénéfique, mais qui semble davantage relever du cas par cas plutôt que d’une solution-miracle pour chaque jeune.

Quels avantages pour un mentor ?

Le programme n’est pas uniquement bénéfique au mentoré : chaque tuteur est en effet à même de tirer une plus-value de son engagement. 

En premier lieu, se savoir utile en apportant une aide et en partageant une expérience est un facteur de bien-être et d’épanouissement personnel. 

Au même titre, rendre service permet de se sentir bien au quotidien, et ainsi de contribuer pleinement à l’augmentation du “capital bonheur »

Ce rôle permet également de développer des « soft skills » telles que le leadership, l’attention vis-à-vis de l’autre ainsi que des capacités organisationnelles. Selon le site 1jeune1mentor.fr, il seraient 89% à affirmer avoir développé des compétences d’écoute, et 75% à avoir développé des capacités d’adaptabilité.

De plus, participer à un programme d’une telle richesse demande beaucoup de temps et d’organisation. Dans le cas d’un poste en entreprise, exercer en tant que mentor permet également de se mettre en valeur : cela permet de montrer à ses collègues et collaborateurs une certaine forme d’engagement et d’implication, renvoyant une image de soi positive.

Être mentor : un moyen de valoriser son activité professionnelle.

Ensuite, l’échange avec les nouvelles générations aura pour conséquence un apport de connaissances ; en tant que responsable d’un jeune, le mentor va naturellement être amené à sortir de sa zone de confort et à faire preuve d’ouverture d’esprit. Cette adaptation  va logiquement  le pousser à s’intéresser à d’autres domaines et ainsi étendre son propre champ de savoirs. Il sera également à même de découvrir et de s’approprier les passions et intérêts actuels des “jeunes”, pouvant constituer un avantage dans un monde du travail en constante évolution.

Par ailleurs, au même titre que le mentoré, être encadrant permet tout simplement d’élargir son réseau ; chaque jeune aidé représente une personne supplémentaire dans le monde du travail et par conséquent un potentiel futur collaborateur. 
Enfin, le programme permettra au mentor de se fixer de nouveaux objectifs, de se donner de nouvelles motivations et d’atteindre de nouveaux buts. Ces trois aspects lui permettront de s’élever intellectuellement et socialement, et de susciter l’intérêt d’autres jeunes, ou d’autres collaborateurs.

Des chiffres presque encourageants

L’augmentation du nombre d’adhérents au programme “1 jeune, 1 mentor”, ne fait aujourd’hui aucun doute,  malgré un bilan qui à priori ne remplira pas les objectifs prévus par le gouvernement.

Le dispositif a tout d’abord eu l’opportunité de bénéficier de 30 000 premiers jeunes mentorés en 2020, grâce aux actions du collectif Mentorat.

Par ailleurs, à l’été dernier, l’État lançait son deuxième appel à projet après une première sélection de 22 structures au printemps. Celles-ci étaient soutenues financièrement pour mettre en place des programmes de mentorat, avec comme aide une enveloppe de 16 millions d’euros. À l’aube du mois d’août, c’est un montant réduit de moitié qui a conduit à la sélection de 33 entreprises. Cette évolution témoigne d’une augmentation en matière d’offre de services et indirectement du succès du programme auprès d’organisations spécialisées.. 

Par ailleurs, un total de 102 structures auraient déjà annoncé leur soutien au programme, selon le site officiel 1 jeune 1 solution.gouv.fr. Un soutien se traduisant par une aide aux associations de mentorat, une incitation à participer pour leurs collaborateurs ou l’engagement d’un comité de direction

Au total, 30 millions d’euros ont été investis par l’Etat afin de  soutenir les mentors.

Cette première évolution demeure donc à priori en phase avec les objectifs de l’État, à savoir venir en aide à plus de 100 000 jeunes d’ici la fin de l’année 2021.

De plus, ce nombre ferait naturellement l’objet d’une croissance exponentielle, le nombre de jeunes encadrés a triplé par rapport à l’année 2020. 

Cependant, force est de constater que le site officiel de “collectif Mentorat” offre une vision moins optimiste des choses, avec uniquement 51 400 jeunes mentorés recensés au 15 novembre. À cela s’ajoute une difficulté d’accès à l’information concernant le nombre de “jeunes accompagnés” sur Internet, l’association étant la seule à communiquer un nombre en “temps réel”. 

Ainsi, le programme “Un Jeune un mentor” bénéficie aujourd’hui d’une croissance du nombre de mentorés, mais semble peiner à atteindre ses objectifs.  La nouvelle multiplication par trois des jeunes pris en charge, annoncée d’ici fin 2022 ne paraît donc pas d’actualité. 

Par ailleurs, le manque d’informations concernant l’évolution du nombre de mentorés sème le doute sur la véritable efficacité du dispositif.

Enfin, malgré cela, cette évolution pourrait se poursuivre sur de nombreuses années en offrant une véritable alternative à l’État concernant la lutte contre la précarité.

1 Jeune 1 Mentor : le test

Nous avons recueilli le témoignage d’Axel, étudiant en Licence Professionnelle, qui a testé la plateforme pour s’inscrire au programme.

“Mon expérience par rapport à “1 jeune, 1 mentor” commence naturellement par l’analyse inconsciente du site internet. Je me souviens avoir été immédiatement rassuré : c’est ici que je trouverais l’aide qu’il me faut ! La page d’accueil est aérée, le pop up de cookies est discret et bien intégré. L’identité est marquée, minimaliste, actuelle. Le site web n’utilise pas le Système de Design de l’Etat, généralement commun à tous les sites “.gouv”, pour mieux s’adapter à sa cible.

Les points positifs du site

L’explication du programme est concise : il met directement en valeur les atouts et explique pourquoi être mentoré. Il est clairement expliqué qu’une relation de confiance et d’accompagnement de longue durée est mise en place. C’est un suivi bénéfique pour chacun. 

Les points négatifs du site 

La mention « égalité des chances » est selon moi mise trop en valeur, et force à poser la question suivante : « ce programme exclut-t-il certaines personnes ? Est-il dédié uniquement aux personnes en difficulté scolaire provenant d’un milieu défavorisé ? »

Par ailleurs, à plusieurs endroits, il est indiqué que le suivi est de 6 mois ; c’est une bonne durée d’accompagnement selon moi mais j’estime que la question de l’engagement peut freiner certaines personnes.

Les seuls retours d’expériences présentés mettent en scène des élèves de 5ème et de CM2 ; on nous laisse ainsi imaginer que « 1 jeune 1 mentor » n’est qu’une aide aux devoirs, ce qui est en réalité loin d’être le cas !

En continuant ma visite virtuelle, je tombe sur des chiffres plutôt motivants : ceux-ci proviennent directement des associations chargées du mentorat. Ces éléments pourraient logiquement remettre en cause leur légitimité, mais je retiens surtout un programme qui me permettra de progresser, d’agrandir mon réseau et de trouver un emploi.

Je suis convaincu, je décide de m’inscrire !

On me demande d’entrer des informations personnelles, beaucoup d’informations personnelles ! J’aurais préféré avoir un premier contact avec le mentor et lui donner directement ces informations. 

J’envoie le formulaire. Et là, c’est la douche froide !

On m’indique que je dois attendre au minimum plusieurs semaines pour être recontacté par une association. Le nom de celle-ci ne m’est pas dévoilé, aucune date butoir n’est annoncée et aucune information concernant la prise en charge n’est divulguée.

Je décide finalement de chercher des retours sur le programme ;  quoi de mieux que YouTube pour cela ?

Puis mes craintes deviennent réalité : je remarque que mis à part les spots de l’État, les retours d’expérience traitent dans leur quasi intégralité de l’aide aux devoirs et des programmes culturels.Le peu d’espoir qu’il me reste est rapidement dissipé deux jours plus tard. Je reçois un dernier mail décevant : aucune association ne souhaite me prendre car je ne suis pas issu d’un quartier prioritaire ou d’un milieu défavorisé. Il est logique qu’il y ait un ordre de priorité, mais le manque de transparence sur cet aspect sur le site reste un point à améliorer. L’aventure s’arrête donc ici pour moi.

Conclusion : “1 Jeune, 1 Mentor” , un outil fiable ?

Avec une augmentation croissante du nombre d’utilisateurs, “1 Jeune, 1 Mentor” jouit aujourd’hui d’un succès indéniable, malgré des difficultés à rester en phase avec ses objectifs “comptables”. Le programme semble malgré tout bien destiné à perdurer et à valoriser des milliers de mentors et mentorés à travers la France. 

Cependant, des zones d’ombre subsistent au niveau de l’efficacité du programme, au vu du peu de véritables retours disponibles sur Internet, des délais d’inscription, et des distinctions faites en matière de milieu social.

Le problème majeur réside donc dans le fait de savoir si ces échanges permettent réellement de construire un projet scolaire ou professionnel, et ce pour une majorité d’étudiants en difficulté.

Il est donc encore difficile de juger du succès du programme à l’heure actuelle, et un suivi de près ces prochains mois s’imposera pour y voir plus clair !

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